Disques pour Choeur et Orchestre d'Arnaud Dumond


Jusque dans l'Oubli je t'aimerai...

enregistrement : 1995-2006
sortie : 2006
LE MONDE de la MUSIQUE 1998
Connu comme un grand virtuose de la guitare, il est autant compositeur qu'interprète. Portée par un sens du discours très personnel sa Messe est le meilleur témoignage d'une synthèse entre tradition et modernité. Les voix sont conduites avec une clarté héritée des Polyphonistes, mais avec des décalages harmoniques dans la lignée d'un Schnitke...


L'arbre aux aurores - concerto pour guitare et orchestre

Créé en 2001 par l’orchestre Musica de Lille - Direction Pierre GRONIER - Soliste Arnaud Dumond - version publique remixée par A. D. en 2009
Le titre fait références au dernier tableau de Pierre Bonnard, intitulé L’amandier en fleur. De l'arbre on peut dire que la guitare en est le tronc, et l'orchestre le feuillage. Ce dernier, initié, inspiré, provoqué par la guitare, finit par croître et envahir tout l'espace, jusqu'à cacher la guitare même, qui réapparaît à la fin sous forme de cloche, dans une sorte d'euphorie générale.
Bonnard était ce peintre déjà célèbre, d'aucun le considérant comme l'un des plus grands du siècle, qui restait obsédé par le doute, sur la couleur juste, allant jusqu'à retoucher en catimini tel détail de ses toiles accrochées dans les plus grands musées du monde, à l'insu des gardiens somnolents (ou compatissants ?). Il suggérait à son anxieuse façon ce que Paul Valéry écrivait avec bravoure : on finit une œuvre parce qu'il faut bien s'arrêter un jour !
Bonnard passa sa vie à peindre ces moments fugitifs saisis dans des intérieurs qui ont la couleur de l'enfance, et ce qu'il y a de plus fugitif encore, la nudité féminine. C'était, de tous les peintres de cette époque, celui du Temps Retrouvé. Il n'est que de voir la photo de la salle de bain où il peignit souvent sa femme Marthe, et ce qu'il en fit en peinture, pour comprendre que l'art est décidément un acte d’extraversion éblouie, volée à force de travail à une réalité qui ne peut donner que ce qu'elle a…
Bonnard, peintre d'un paradis des sens et du bonheur d'être là, fait du monde de chaque jour une vie comme éternelle. A quelques jours de sa mort, Bonnard repense à l'une de ses toutes dernières toiles, 'l'Amandier en fleurs'. Il fait venir son neveu pour lui demander de l'aider à retoucher le parterre autour de l'arbre. Du vert il passe à un jaune mordoré.'l'Amandier en fleurs' semble avoir été peint par un enfant, de quatre vingt ans..."


Messe 'in terra pax'

participants : Nikola Lipov dirige le Plovdiv chamber choir
Disque épuisé, copie disponible SUR COMMANDE. Les pièces d'Arnaud Dumond présentes ici font l'objet d'une réédition (voir le 1er CD de cette catégorie : Jusque dans l'Oubli je t'aimerai...)
EFFECTIF : chœur mixte, et orgue ad libitum
DUREE : 35’ en 5 mouvements
RECOMPENSE : 1er et 2nd PRIX Concours 'Ciudad Ibague' (Amérique Latine)
PRESENTATION :
1. Kyrie (5') Les trois parties sont courtes, exposées sans développement. Le Kyrie 1 (A), affirmatif, mêle rythme (sur quintes superposées) et mélismes. Le Christe (B) est sombre et chromatique, très lent, presque immobile. Le Kyrie 2 (C) est un fugato parodique. Il y a un retour symétrique sous la forme ABCBA, qui se termine sur le cri de la tonique de sol majeur.

2. Gloria (5'30') Avec l'Agnus, le Gloria est la seule pièce faisant allusion à la paix. Il est en trois partie. La première commence sur les rythmes pointés du Kyrie, montés en quintes, puis le 'in exelsis deo' amène droit à l'éclat d'un accord de Do majeur à partir duquel, soudainement, la musique se trouve comme suspendue dans un calme séraphique : c'est le 'et in terra pax', retombant dans une lenteur de parachute : les voix glissent les unes sur les autres, très progressivement, à partir des soprani et jusques aux basses. Il y a en permanence sept parties 'tuilées', du Mi aigu jusqu'au La grave des basses. Sur la tonique de La s'installe alors une marche lente (scansion des 'gloria' et des 'hominibus bonae voluntatis') au-dessus de laquelle les 'pax' s'élèvent, criés, puis hurlés. La partie s'achève sur la marche, toujours au second plan, qui s'évanouit dans l'ombre. Après le 'Laudamus te' , où chaque verset fait l'objet d'une séquence, éclate le 'Quoniam' , sorte de canon de cloches lancées à toute volée, comme un pendant jubilatoire à l'épisode presque immobile du 'et in terra pax', parce que fondé sur le même procédé de disparition vers le grave.

3.Credo (10'30') Le credo est la pièce 'de résistance' d'une messe, parce qu'il est un résumé dense et fervent de l'histoire du Christ. Pour le compositeur incroyant il pose le problème de l'énoncé du dogme ('Credo in unum deum' ,'et unam, sanctam, catholicam et apostolicam ecclesiam' 'Confiteor' etc. dont il faut cependant relever l'inévitable douceur des consonances labiales en 'oum' et 'am'). Dogme qui peut s'interpréter comme un universel besoin de croire qui n'est peut-être que l'envers magnifié d'un besoin d'amour, et sans doute aussi d'un besoin d'aimer : 'je crois, je me donne à croire, j'appartiens à autre chose que moi-même, je n'existe que par ce que je donne...' etc. Ce peut être aussi une métaphore de la nostalgie pressante d'un paradis perdu ou à venir. Dieu-métaphore ou symbole, au delà de tous pôles philosophiques. Mais, comme au théâtre ou en littérature, il s'agit avant tout ici de se prêter à des personnages pour en exprimer passionnément la réalité. S'il n'est pas interdit (aujourd'hui...) de ne pas croire, ne peut-on croire, sans être croyant, ceux qui croient ? Ces passages du dogme sont traités ici de façon psalmodique, réservant même au chef la possibilité de faire participer le public par une tenue sur Do, Do #, Do et Si. En outre l'auteur ne s'est pas interdit de traiter tous les mots à résonances poétiques, et il y en a beaucoup. Ceux de 'lumen de lumine' ont entraîné des harmonies de timbres transparents. Le 'genitum' est chanté sur des quartes qui se croisent entre les voix mâles et femelles, et se résolvent 'génitalement' sur la tierce de Ré majeur. Le 'descendit de caelis' ne descend pas, il monte : car il n'est pas qu'une description, il est aussi une émotion. Le'et incarnatus est' croise à nouveau le masculin et le féminin, à huit parties réelles, puis ce sont les femmes qui déploieront le 'de spiritu sancto' tandis que les hommes élèveront le'ex Maria virgine' jusqu'à la tendresse transie d'une harmonie en Mi bémol majeur. Hommes et femmes se fondront enfin dans le 'et homo factus est'. Mais arrive déjà, annoncé par les cris de deuils des femmes, à la façon arabe, l'épisode du 'crucifixus', tuilage de lentes et douloureuses descentes chromatiques à 6 voix, à l'issue desquelles on entendra un écho de la marche du Gloria. La mort du Christ ne sera chantée que par les voix d'hommes : descente aux abîmes de la quinte Do-Sol sur toute une octave, degré par degré, sur le 'passus sepultus est' articulé en canon entre Ténors et basses. Des paroles qui, peu à peu, ne peuvent supporter que toujours plus de silence.

4. Sanctus (5'30') Le 'Sanctus domino' est une sonnerie de cloches, s'entrechoquant dans l'attaque des consonnes et la clarté résonnante des voyelles. Le 'pleni sunt caeli' est traité comme un réveil de la nature, avec oiseaux et bruits divers, mais toujours à partir du texte latin. Le 'Hosanna' se présente sous la forme d'un contrepoint à quatre parties de souples lignes qui tourbillonent et s'enroulent entre elles comme des lianes, et le 'Benedictus' s'avoue comme un hommage au Strawinsky de la 'Symphonie de psaumes' par une citation trois fois légèrement variée.

5. Agnus dei (5'30') L'Agnus dei qui tollis peccata mundi' est exposé par les basses sur une série de douze sons reprise en fugato par les ténors, alti et soprani. Un contre-sujet chromatique et implorant accompagne l'entrée de chaque voix. L'exposition faite, ce dodécaphonisme à polarité tonale débouche sur l'épisode répétitif et lancinant du 'miserere' . Enfin arrive le 'dona nobis pacem' , seconde allusion au titre de cette messe. Il apparaît comme une imploration exhalée d'un énorme poumon expirant et aspirant, sorte de respiration organique et mécanique qui finira par crever la surface et trouver la lumière. Les voix des femmes ont déjà entamé une ritournelle fraîche et presque naïve, et quelques échos de cloches. La messe s'achève sur une tenue à 8 voix : les nuances indiquées y sont : 'lumineux mais inquiet, sombre mais tranquille...' A.D.


Créations pour chœur, harmonie et quatuor vocal

participants : Chœur départemental de l'Aude et Atelier choral de Lozère/Gard - Directions: William Hedley, Maurice Bourbon et Philippe Nahon
Disque épuisé, copie disponible SUR COMMANDE. Certaines pièces de ce CD font l'objet d'une réédition (voir le 1er CD de cette catégorie : Jusque dans l'Oubli je t'aimerai...)